La préparation technique d’un voilier de voyage

Prendre la mer commence à terre…

On choisit son voilier en fonction de son tempérament personnel, (selon que l’on privilégie le confort du carré ou le VMG au près !), son programme, et bien entendu, d’un facteur aussi aléatoire qu’essentiel, l’affect.

Comme tout objet passionnel, les voiliers agitent nos représentations du voyage et nos désirs et il est bien difficile de définir quel est le voilier de voyage idéal. N’importe quel voilier bien préparé avec un équipage compétent peut prétendre à faire un tour d’Atlantique. On ne parle pas ici d’aller taquiner les glaces du passage du nord-ouest ni d’aller gagner la Sydney-Hobart !

Par chance, le facteur budget vous donne un grand coup de pouce au moment de faire un choix ! Si vous pouvez acheter un bateau de voyage neuf, vous allez gagner du temps en préparation, c’est évident, bien que cela ne vous dispense pas d’ajouter de nombreux équipements optionnels non présents de série et indispensables à la grande croisière. Sinon, le marché de l’occasion vous tend les bras mais, selon l’état du bateau et votre budget, vous allez devoir mettre sérieusement les mains dans la préparation technique ce qui est énergivore et chronophage mais plutôt vertueux puisque, à l’issue des travaux, vous connaîtrez votre voilier par coeur.

Notre choix s’est arrêté sur un vieux Sun Fizz de Jeanneau. Pas trop cher, solide, capable de supporter la charge des 5 membres de la famille avec bagages et souvenirs chargés en cours de route et assez toilé pour ne pas avoir recours au moteur trop souvent.

Pour vous donner un idée de l’investissement en temps, sachez que je passerai 90% de mes week-ends sur le chantier de septembre 2019 à aout 2020. Et que c’est mon métier, donc je ne perds pas (trop) de temps.

Comme tout voilier d’occasion, avant d’entreprendre un nouveau voyage hauturier, il faut lui accorder un peu (beaucoup) d’attention. Préparer des voiliers hauturiers est mon métier depuis 15 ans alors je vous fait partager mon parcours de préparation technique de Khaïma.

A vos outils !

Lors de la préparation, on va organiser son travail du plus « rustique » (réparations structurelles) au plus « fin » (connectique électronique). A moins d’avoir vraiment le temps et de ne pas être obligé de fixer une date de départ, je vous conseille de fuir les voiliers demandant de grosses réparations structurelles. Cela devient un projet de chantier naval et non plus seulement de préparation technique de voyage. C’est également le meilleur moyen de ne jamais partir et de rester scotché dans un port à sec pendant des années et au passage, d’exploser son budget.

Comme on emmène toute sa famille en mer, les fondamentaux de la sécurité d’un voilier prennent toute leur importance. Il faut à minima qu’il flotte, que le mat reste debout et que les voiles le poussent. Ajouter un GPS et vous finirez à bon port ! le reste de l’équipement apporte confort et plaisir supplémentaire mais en cas de panne, on peut toujours se débrouiller en mode dégradé.

Changer les vannes.

Si les vannes présentent un point dur ou une oxydation importante, changez les. Ce n’est pas le plus cher et c’est rassurant de savoir qu’elles sont toutes fonctionnelles.

Le desserrage étant souvent impossible, découper la collerette extérieure à la disqueuse vous permet d’enlever les anciens passes-coques plus rapidement. (Important, lorsque vous posez les nouveaux, ne comprimez pas trop le joint de Sikaflex d’étanchéité pour ne pas lui enlever sa flexibilité.)

Vérifier le presse étoupe

il assure l’étanchéité autour de l’arbre d’hélice. Il peut être à joint torique de type Volvo ou comme celui-ci, de type ERCEM. Une bague en carbone en friction avec une bague inox bloque le passage de l’eau. j’en ai profité pour changer tous les colliers inox qui maintiennent le soufflet sur le tube d’étambot.

Un presse étoupe à joints tournants

Si vous avez une transmission Sail drive et non pas une ligne d’arbre, il vous faudra vérifier que le joint d’étanchéité à moins de 8 ans. C’est la préconisation constructeur de révision la plus courante même si la réalité montre que le joint d’embase dure bien plus longtemps que ça.

Vérifier l’appareil de barre

L’ensemble de l’appareil à gouverner n’a pas intérêt à vous lâcher au milieu de l’Atlantique. il faut donc inspecter:

Le jeu dans les bagues de la mèche de safran (a l’extérieur sous la coque et à l’intérieur)La bonne intégrité des drosses de barre ( Emmener une longueur de câbles d’avance à bord)

Le serrage des serre-câbles de drosses

L’intégrité du secteur de barre en aluminium et de ses boulons de serrage ( Attention aux fissures dues à l’électrolyse et pouvant générer une casse du secteur ou le rendre indémontable)

– Le bon fonctionnement et l’état de la chaîne de transmission au pignon de barre et des réas de drosses

Vérifiez la plomberie

La plomberie n’a pas l’air importante de premier abord mais tous ces tuyaux affectent des points de sécurité majeurs à bord:

L’envahissement par l’eau de mer si un collier oxydé cède sur un tuyau d’admission de toilettes ou si un tuyau devenu cassant se fissure sur une durite d’alimentation de refroidissement moteur.

L’eau douce, qui doit rester alimentaire et qu’on ne veut surtout pas perdre dans les fonds ou ne plus pouvoir pomper dans les réservoirs. Le groupe d’eau à été changé et deux pompes à pied ajoutées. (eau douce et eau de mer) Un groupe d’eau de mer sous pression a également été ajouté pour ne pas avoir à aller chercher des seaux d’eau de mer par dessus bord ce qui constitue un problème de sécurité, surtout avec les enfants.

Les réservoirs d’eau douce ont été vidés et désinfectés (même s’il étaient très propres) et les jauges nettoyées et testées avant remontage.

Les sanitaires, dont les tuyaux d’évacuation ne doivent pas permettent un siphonnage entraînant une voie d’eau par la cuvette des toilettes ou tout simplement la diffusion d’odeurs nauséabondes par des tuyaux imprégnés par les matières. J’ai remonté les tuyaux d’évacuations de toilettes au dessus de la flottaison pour ne pas risquer l’envahissement par la cuvette des toilettes à la gite. Et puis c’est pénible de devoir fermer la vanne d’évacuation après chaque usage.

Sur Khaïma, on a changé 100% de la tuyauterie et l’ensemble des jonctions et colliers pour être tranquille. Pour les tuyaux nécessitant de prendre des courbes serrées, il vaut mieux privilégier les spiralés acier (photo centre) que les tressés (photo gauche) qui se pincent si on les coudent. Attention, ces tuyaux ne sont pas adaptés à l’eau chaude qui les déformera jusqu’à ce qu’ils se percent.

Le dossier électricité !

J’écris « dossier » parce que sur les voiliers de cette génération, si aucune rénovation électrique de qualité n’a jamais été effectuée à bord, ne cherchez pas, tout le câblage est probablement corrodé, sous calibré et « agrémenté » de repiquages sauvages de courant un peu partout. Il va falloir recommencer à zéro ou presque !

La connectique du guindeau avant les travaux !

On recommence tout parce qu’entre un tableau électrique composés de fils en fouillis , des connections de puissance oxydées et une sous calibration générale des sections de câbles, on va passer moins de temps à tout reprendre qu’a tenter de sauver l’existant. En plus, ressouder sur un fil de cuivre corrodé est impossible, la soudure n’imprègne plus les torons de cuivre…

Sur Khaïma, je n’ai gardé que les conducteurs d’éclairage circulant sous les vaigrages de plafonds et intégrés dans certaines cloisons. les autres conducteurs ont été changés en norme H07RNF ou MPRX (norme marine marchande) qui sont des câbles non conducteurs du feu, faibles propagateurs de fumées et résistant à l’humidité et aux hydrocarbures.

L’électricité, par où on commence ?

  • le cahier des charges « autonomie énergétique et confort »

Faire la liste des équipements que l’on souhaite avoir à bord pour déterminer la taille d’un parc de batteries adapté à 24 heures sans recharge à minima :

EquipementsConso (en Ampères)Temps d’usage quotidien (en h)Cumul moyen en Ah (Ampères heure)
Feux de route leds0,291,8
Centrale (nav)12424
AIS (transpondeur)0,7128,4
Radar Furuno 16232612
Pilote Gyro 2 NKEde 2 à 6 (moy:3)2472
VHF (en veille)0,324
PC (portable 14′)
1 en veille
2 en fonctionnement
2430
Eclairage intérieur (leds)de 1,5 à 448
Groupe d’eau1,511,5
Groupe froid41248
Prises USB (charges
multimédia)
de 0,5 à 4
Faire son bilan énergétique
  • Réalisation du schéma de câblage

  • Réalisation d’un nouveau parc batterie et de la distribution de puissance

300 Ah de parc de batteries au plomb (mixtes gel/AGM) déchargeables à 50% maximum nous offre 150 Ah d’énergie quotidienne ce qui est cohérent avec notre tableau de bilan énergétique. C’est un parc minimal pour la grande croisière que vous pouvez augmenter si vous disposez de plus de place.

  • réfection du tableau électrique de distribution

  • Ajout d’une zone technique électrique et électronique