Island thérapy

Comme un certain nombre d’humains, tu as sûrement passé une année de merde ! Ton environnement s’est rétréci, entravant tes mouvements, pressurant ton corps et ton esprit et provoquant certainement des lésions traumatiques. Tu risques le repli sur soi, l’insomnie chronique, ou pire, le refus de t’alimenter bientôt !

Il te faut de toute urgence des soins intensifs.

Allez, viens, j’ai trouvé un endroit où on peut invoquer les créatures ancestrales des océans, les esprits de la forêt, redevenir nomades, en errance, assoiffés d’horizons, on va chercher la consolation immuable de l’arbre, la vibration de la pierre comme mantra, on va se mettre sous perfusion de ruisseaux, chercher l’ivresse de la cascade, l’envol vertigineux de la falaise…

Viens, on va planter nos 20 doigts dans cette bonne vieille terre pour qu’on se connecte au réseau. Pas la 5G, c’est périmé d’avance mais l’écorce, le substrat, cette enveloppe terrestre nutritive qui nous relie tous. Une fois les mains dans la terre, on ressent l’essentiel et ça fait du bien, non ?

Bien sûr il nous a fallu re-traverser un bout d’océan pour trouver ces terres propices mais l’Atlantique a été clément, il nous a laissé passer sans encombres.

Parfois tonique…
Un rien humide de temps en temps…
Parfois assoupi… « mais borxxl de merxx, quand c’est qu’il revient le vent ??! »
Mais rien qui puisse empêcher la bonne humeur à bord.

Après 18 jours de mer quelques vaisseaux de lave ont barré l’horizon alors on s’est blotti sous leurs falaises un peu voilées, comme protégés de l’agitation du monde par un écran de fumée. Alors, viens voir par ici, ça nettoie très bien les neurones un peu fatigués. Non, je te dis pas ou c’est, ça briserai la magie de la rencontre.

Toujours cette quête de la cabane idéale…
L’Europe a ses petits lieux secrets. Pas besoin d’aller très loin pour se perdre…
Comme quoi on peut connecter un ado à autre chose qu’un smartphone !
Pfff, pas solide cette faucille…
Flower power !

On a laissé une petite trace pour que tu puisses nous retrouver avant notre prochaine escale : la France. Tu connais cet endroit ? Tu crois qu’on doit y faire escale ?

Gwada et cie, l’enfer vert…(et bleu)

– Qu’est ce que tu fous, t’as rien publié depuis 2 mois ?!

– C’est pas faux….

Mais bon regarde les images plus bas. Comment veux tu que je trouve le temps d’écrire des histoires ? Marie galante, les Saintes, la Guadeloupe, leur rythme de vie effréné, toute cette pression du voyage, t’imagine pas comme c’est usant !

En regardant les photos tu comprendras mieux mon désarroi face à cette lente mais inexorable contamination par une certaine indolence caribéenne. Y pas de traitement, faut pas lutter ! Soit t’as les anticorps d’origine soit t’es foutu, ton rythme cardiaque devient aussi lent que celui de Guillaume Néry ( ou Jacques Mayol pour les plus vieux…) et parfois, angoisse, tu te mets à marcher lentement sur la plage, sans aucun objectif et l’esprit vide. Trop flippant !

Bon, vu comme ça, si on t’explique pas, tu pourrais penser qu’on a passé le début 2021 à boire des coups sur des plages aux bars pas fermés, dans des coins pas dégueulasses et pas vraiment confinés et tu pourrais ressentir légitimement l’envie de nous dire d’aller nous faire  » ……  » avec notre blog de voyage…

Je te pardonne, mon frère, ma soeur, ton bien compréhensible courroux, mais ne te laisse pas abuser par cette vitrine touristique bassement séductrice et sache qu’en réalité nous avons du apprendre à survivre dans un enfer végétal terriblement hostile, relisant alternativement Pierre Rabhi, Indiana Jones et Teheiura pour réussir à nous en sortir.

NDLA: « Né en Polynésie Française et ayant grandi sur une île sauvage, Teheiura est l’un des aventuriers les plus redoutables de Koh-Lanta. Sportif et spécialiste de la survie, ce cuisinier, finaliste de la saison 11, a touché les candidats et les téléspectateurs par sa gentillesse et son esprit d’équipe. »

Mais bon, tu vois, pour les Khaïma, survivre en milieu hostile, c’est la routine alors on s’est dire qu’il valait mieux quitter cette vie de « capitaine fantastique » pourtant bien séduisante pour retourner se confronter aux vrais enjeux de la civilisation Guadeloupéenne !

Entre temps, rassure-toi, nous avons expié toute cette oisiveté en re-traversant l’atlantique dans l’autre sens. Je te raconterai !

Slow life in Martinique…

Pas facile de te parler de navigations épiques ou d’aventure grandiose dans ce petit bout de France tant la vie est tranquille ici (Pour le touriste, tout du moins !).

L’ile multi-facettes est belle sous toutes les coutures, les gens accueillants et tu te fais bercer par les accents chantants et les rires sonores le soir sur la plage… ça vit, ça pousse le volume du caisson de basses sur des offshores bling-bling beachés au pied des paillottes. Oui, avec du bon gros son que tu aurais autrefois qualifié de merdique mais aujourd’hui, des gens qui s’amusent en musique, ça a sacrément pris de la valeur alors t’es seulement heureux de voir une jeunesse heureuse.

Et le tout sous le haut patronage d’Haïlé Sélassié 1er, lion conquérant, Négusse d’éthiopie et guide suprême du rasta. Cool man !

Alors « Just chill ! » oserais-je te dire du haut de mes vingt ans à peine échus.


Suis le chemin de la décontraction….
Détendue ? moi ? un peu, oui…

Alors, on a fait ce que le marin fait de mieux lorsqu’il n’est plus en mer, on a fait route en quête de d’escales verdoyantes, de refuges perdus au creux des plis de reliefs prometteurs, d’oasis naturelles promesses de lieux inconquis. (En Martinique, les lieux inconquis, c’est une blague mais bon tout ça c’est dans la tête, hein ?)

Au sud, la savane des pétrifications se la joue désert mexicain…

Plus au nord, on a plongé dans une végétation généreuse et luxuriante qui vient facilement à bout de toute fabrication humaine à l’abandon,

longé le canal des escales en souffrant (pas trop quand même) avec ceux qui l’ont maçonné à dos d’hommes et de femmes…
On a trouvé des refuges, nouveaux graals du repos psychologique par les temps qui courent.
Qui pourrait bien te retrouver si tu te caches ici ?
En soignant avec amour ton petit jardin bien loin du fracas du monde.
On a profité des parcs aquatiques éco-responsables et parfaitement intégrés à la nature mais malheureusement sans label Disney !

Utilisé les douches publiques à chauffage solaire et recyclage d’eau permanent…

Pour finalement s’égarer au fin fond de l’anse couleuvre, bout du monde pas habité.

Ou les vestiges d’une vieille rhumerie ont fait l’objet des devoirs scolaires du jour:

Révolution industrielle, esclavage, droit de la femme, thermodynamique, mécanique des forces, origine d’une civilisation carbonée, ces fantômes d’acier sont des professeurs éloquents dans une salle de classe apaisante et aérée ! La force de l’école en bateau…

On s’est enfonçé plus avant dans une nature impitoyable sur le chemin des jésuites ( ou alors c’est eux qui sont impitoyables, je sais plus…)

Utilisé des lianes pour franchir des crevasses sans fond,
Franchi courageusement tel Indiana Jones des ponts de lianes non certifiés iso 9001,
rencontré le petit chaperon rouge,
qui, un peu timide, finissait son entrainement humide avec les paras en montagne.

Comme tu peux le voir, tout ça n’était pas très facile (surtout les serpents) alors on a aussi profité de la douceur de la côte sous le vent et de ses anses moins encombrées cette année,

Passage obligé par le rocher du Diamant…
Grande anse, la familiale…
Discuté avenir d’une pêche sélective et durable avec les pélicans de Tartane. (Grosse expertise du sujet dans la famille !)
mais aussi avec les pêcheurs z’humains en yole.
C’est pas pire qu’une tête de chevreuil au dessus de la cheminée.
C’est épicé la nourriture locale ?

On a déambulé sans but sur des plages idylliques,

tenté de manger local,

et visité les grands lacs Canadiens sous la presqu’ile de la Caravelle.

on s’est régalé de lumières, de contrastes, d’ambiances,

adopté Fort de france, cosmopolite, bordélique et attachante…

et mouillé au bord de la plage à Saint Pierre by night.
Tant qu’à être ici, on à retrouvé les vieux amis d’il y a vingt ans. Viva les Kumba !
rencontré des nouveaux,
poursuivi la route avec les compagnons de transat et d’après,
et la familia élargie.
on à même rencontré des surfeurs locaux…

Sans oublier notre champion local qui poursuit sa progression fulgurante en glisse. Non, j’suis pas jaloux mais j’ai connu le jour du dépassement sur ce coup là ! tu sais, le jour ou tu es à bout de ressources naturelles quand tu essaies de suivre ta descendance en kite.

Un très grand merci au passage à tous ceux qui le soutiennent dans sa quête d’excellence sportive ! https://www.colleo.fr/cagnotte/19695/pole-espoir-voile-2021-2022

Hier, on à franchi le canal au nord de la Martinique et longé les côtes de la Dominique, sauvage et aussi attirante que fermée. Puis on ensuite franchi la frontière la plus ardue à passer depuis notre départ. Réussir à aller de France en France. Mais après 4 heures de mail et divers coups de fil, Marie Galante nous a ouvert ses bras.

Je te raconterai bientôt mais pour le moment, je te souhaite, à toi, amie et ami confiné de nouveau

de retrouver au plus vite espace et liberté

1969 aux Tobago Cays.

« Avertissement« . Je te préviens, cet article est saturé d’images pénibles voire choquantes.  Des images aérées, lumineuses, colorées et respirant la joie de vivre.

Cet article est également chargé de réflexions et d’émotions contrastées. Devenir nomade offre, certes, du temps d’évasion mais également une forme de recueillement propice aux questionnements et aux projections. Et plus particulièrement en 2021, quand le monde se transforme en temps réel sous tes yeux.

Bref, te voilà prévenu(e). Si tu es d’humeur chafouine aujourd’hui parce que le monde est globalement un tantinet morose, cela pourrait s’arranger à la lecture de ce qui suit. Ou pas ! »

Mouillage aux Tobago Cays, la carte postale des agences de voyage.

Pour l’instant, grimpe dans la DeLorean et claque bien la portière parce qu’on part en 1969, année exotique aux Tobago Cayes…

En 1969, la plaisance hauturière en est à ses premiers balbutiements. Deux étudiants, Gérard Janichon et Jérôme Poncet entament sur leur voilier de 10m, Damien, un des premiers tours du monde qui sera ensuite médiatisé et fera de nombreux émules.

En 1969, Bernard Moitessier, en tête du premier Golden Globe Challenge annonce au monde entier (En parachutant des cassettes au lance-pierre sur un cargo, pas par satellite !) qu’il abandonne volontairement la compétition : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme »

En 1969, au dire des habitants de l’ile de Mayero interrogés aujourd’hui, il y avait maximum dix voiliers de voyage au mouillage aux Tobago Cays. Dix aventuriers des mers.

En 2021, il n’y a également que dix voiliers de voyage au mouillage aux Tobago Cays. Habituellement, on peut en compter plus d’une centaine incluant de nombreux yachts de Charter déversant chaque jour leurs flots de torses et cuisses blanches à faire rissoler au soleil avant de regagner l’hôtel.

En 2021, les seuls touristes dans ces îles des Grenadines (Béquia, Mayero, Union) sont arrivés par la mer, sur leur voilier, par leurs propres moyens. Étonnante expérience que ce flashback qui voit la disparition brutale de l’intégralité du tourisme de masse et qui laisse les habitants groggys, manquant d’imagination pour un autre futur.

En 1969, la barrière de corail vivait.

En 2021, la barrière de corail est morte à 90%, blanchie et sédimentée par l’élévation de la température et l’acidification des océans. Regarde le documentaire « Chasing Coral » et tu pourras déprimer avec nous, merci.

Les Grenadines en 2021 c’est ce contraste de pouvoir découvrir tous ces références du tourisme d’une manière complètement privilégiée tout en prenant intimement conscience qu’il est impossible d’y remettre durablement 20 fois plus de voiliers, que cette nature ne peut pas tolérer sans souffrir le charter de masse, la prolifération des super yachts et des hôtels de luxe qui concentrent les milliardaires, que le plastique est partout de la plage à la mangrove et qu’internet haut débit s’est développé beaucoup plus vite que les centres de traitement de déchets. Oui, ici, au paradis, il n’y a pas d’eau douce et on brûle les déchets en plein air. Envers du décor.

Salt whistle bay à Mayero. Sans voiliers, sans personne ! On va pouvoir vendre la photo à Bénéteau.
Promis, y a pas de filtre…
Là, normalement, tu devrais voir plus de 100 bateaux. Faut-il qu’ils reviennent ?
Pas tous les jours qu’on s’en fait, des souvenirs comme ça…
Retourner à l’état naturel…
Ben oui, j’étais bien obligé d’acheter une machette pour survivre !
Chez Bob à Mayero et ses mémorables soirées djembe !
Bel état de fruits et légumes mais full import from US or Canada. Rien de local.
On est quasi seuls sur la place du village à Union. Heureusement que les chevrettes nous accompagnent.
Mention spéciale au ciné boat à cumberland bay. On y est restés que deux jours pour ne pas y rester deux ans.
Mais que revendiquent-elles ?
Une rivière comme chemin et c’est le bonheur…

Dur, dur cette étape. Un lieu accueillant ou quelques charmants équipages de bateaux spectacles (Magico sea’rcus, Ciné Searcus) ont choisi de laisser passer la grisaille Covid, une ferme en permaculture, un torrent bien frais en guise de baignoire et l’indolence de la baie de Cumberland au milieu d’une nature exotique et préservée. On a levé l’ancre avec le sentiment de faire une erreur !

« En voyage, le premier jour, on se demande pourquoi on est parti. Les autres jours, on se demande comment rentrer. » Sylvain Tesson.

Allez, raconte ta transat… !

Oui, je sais, il faut que je te raconte cette transat en famille.

Avant, le marin était pudique voire taiseux. En rentrant d’une campagne de pêche sur les bancs de Rockall ou d’une transpacifique tracée au sextant, il ne racontait ses périples hauturiers qu’à demi­-mots, au fond du pub, une fois le verbe échauffé par l’alcool et cela renforçait l’aura de l’Aventurier des mers avec un grand A, qui comme un soldat rentré du front ne s’attend pas à ce que le terrien comprenne l’indicible.

C’était avant le GPS, la communication par satellite, les logiciels de navigation, les balises de détresse et autres petits fils d’Ariane qui permettent à chacun de se faufiler sur les océans sans trop les défier et en gérant les risques si bien que pour une transatlantique aller, aux vents portants et aux eaux tempérées, on ne sait plus à la fin si cela relève du défi ou d’un simple entrainement maritime routinier. Néanmoins, il faut quand même mettre tout son petit monde dans un baquet en plastique dont les 6mm d’épaisseur te maintiennent tout en haut des 2500 m de bleu profond alors je te laisse juge de savoir si cela relève de l’extraordinaire ou pas. 

Le plus simple aurait été que tu viennes en personne te faire ta propre idée. Une immersion personnelle de 2200 milles (ou 4000 km environ) qui vaut tous les discours, 13 jours et 10 heures de glissades salées, d’horizon humide découpé par le rythme inlassable des crêtes blanches au-dessus des vagues, des heures d’attentes, longues parfois, à regarder le voilier tracer inlassablement sa route entre les grains (ou dessous, souvent…). On se regarderait du coin de l’œil sans avoir besoin d’en parler, complices d’un trait d’écume tracé entre parenthèses qu’on pourrait peut-être appeler aventure, petits rats d’un laboratoire humain et technique hors du temps et du monde des reptiles.

Mais, attends, ce n’est pas en mer que commence une transat. Elle nait enfin concrètement dans les esprits avec l’attente de la fenêtre ! Oui, la fenêtre météo, celle qu’en ce début de janvier la petite troupe de voiliers en transhumance guette depuis les terrasses des cafés de Mindelo en se ramollissant à attendre qu’elle s’ouvre enfin cette fenêtre. Il est temps d’entamer la mutation, de secouer sa peau de terrien et de retrouver des sens aux aguets, polis par l’indolence cap-verdienne.

Et puis un soir, c’est bon ! Pression, dépressions, fichier Grib, barbules de vent, trains de houle croisée, mer du vent… Sur ce petit jargon du marin se clôt un dernier briefing qui voit, à l’aide de serveurs météo et de quelques pintes, la petite flottille accordée sur un compromis… On va pouvoir y aller dans 3 ou 4 jours. Ce sera peut- être un peu fort comme conditions mais il faut bien se décider !

Et la tension monte sur les pontons. La nuit, les skippers commencent à prendre leurs quarts avant l’heure et certains trainent sur le quai en essayant de se rappeler à quel moment ils ont eu cette stupide idée d’aller traversée l’Atlantique à la voile en emmenant des équipiers à peine connus, leur famille ou même des petits enfants, blonds et innocents !!

Des bras tatoués chargent les coffres pour assumer un mois d’équipiers gloutons, les caisses à outils resserrent, fixent, colmatent tout ce qui bouge ou fuit encore un peu, la pompe à gazoil recharge les vaisseaux en file indienne de son précieux nectar. On use des crayons à rayer les check-list.

Veillée d’armes, le matelot combattant à hâte de monter au front…

Ola, doucement matelot ! On est en 2021, et ce n’est pas parce que tu es prêt à partir que tu sais où tu vas et si on voudra bien de toi ! Il faut venir à bout des cryptages administratifs et sanitaires des contrées lointaines avant d’en franchir le seuil !

Allez, second briefing à base d’ouverture des eaux nationales, de prise en compte des temps de navigation dans les quarantaines, de tests PCR avant et après la transat… Comment ça, avant et après ? Dans quel bureau poussiéreux un fonctionnaire zélé a-t-il pondu cette règle ?  Existerait-il une variante atlantique du virus transmise par les poissons volants ? Allez, t’es pas médecin, t’en sais rien alors va télécharger gentiment ta quarantine form et remplit bien toutes les cases, retourne au labo en meute pour vérifier ta virginité sanitaire et boit un dernier verre en te disant que oui, bien sûr, tu peux faire confiance à l’administration des îles à palmiers d’en face, ils ne nous raconteraient pas d’histoires quand même !?

Et l’essaim finit par prendre son envol pour 12, 15 ou 20 jours, ça dépend… A une ou deux coques, carènes effilées ou un peu en surpoids, équipage génétiquement modifié pour la régate ou amoureux du «no stress », l’alchimie des lignes de coques et la teneur en fougue de l’équipage ne va pas faire arriver tout le monde en même temps ! Nous, on sort de la baie de Mindelo, sous spi, au taquet, on est en plein Vendée Globe quand même, soyons solidaires !

A la barre pour sa première transat. Avec le T-shirt Tara, amarré au même ponton que nous.

Immersion : Première fin de nuit, on est à 376 heures de Young Island point d’arrivée à Saint Vincent des grenadines. Allez, retourne le sablier et oublie la notion de temps sinon ça va être long.

Et puis de toute façon, la météo tient ses promesses pour t’occuper l’esprit. Le souffle des alizés se durcit, la houle croisée promise est au rendez-vous, le tapis de jeu s’agite, coup de pied au cul, crochet du gauche et rebelote, faut esquiver encore et encore et la corvée de vaisselle te rappelle que t’aurais dû faire l’école du cirque tant l’exercice s’apparente au jonglage. Allez, on verrouille tous les hublots et on ferme les panneaux de descente. Repli stratégique dans le ventre protecteur du cétacé.

Tu jettes un œil dehors. Il fait nuit et seules les crêtes luminescentes des vagues puissantes et quelques étoiles s’extirpent de la noirceur humide. Le vent forcit encore, il faut réduire. Faisceaux agités des lampes frontales, ballet des gestes automatiques… Voiles, cordages, manivelles, mousquetons, mains crispées, déplacements de cro-magnon, champ de vision réduit dans le halo électrique… tout tremble, s’agrippe, se coince puis se verrouille finalement au bon endroit. Tu as fait ça tellement de fois que tu pourrais le faire les yeux bandés alors tout est à sa place en moins de 5mn. Tu t’es fait rincer mais tu t’en fous, l’eau est à 25°c. Tu te souviens qu’en Islande, elle était plus fraiche dans les manœuvres.

Le bateau te remercie de l’avoir soulagé de quelque surface de toile outrancière en cessant son dandinement éhonté de la hanche qui frisait la provocation. Il se débrouille tout seul maintenant avec son pilote automatique et trace sa route en accélérant fièrement dans chaque creux de la piste, sans déraper, les carres mordant solidement dans la poudreuse, repoussant sans faillir les assauts des masses liquides aussi désordonnées qu’invisibles. Allez, va te reposer maintenant mais dans une diligence un peu folle, tractée derrière dix montures emballées sur une piste défoncée au détour d’un canyon obscur. Comment ça tu ne peux pas dormir ? Il n’y a pourtant pas d’embuscades d’indiens au milieu de l’Atlantique…

C’est juste que tu n’as pas terminé ta mutation façon Waterworld et tes ouïes sont encore embryonnaires. Pour l’instant, tu as pleine conscience que la voile est un sport mécanique. Tu empathises avec chaque câble, chaque écoute, chaque rivet, chaque poulie qui fait son job à pleine charge, tu vis dans la matrice et chaque souffrance mécanique est tienne. Grincements, ragages, mouvements hypnotiques de la barre et du vérin de pilote qui pousse et tire comme un forçat en galère, harcelé de bit datas affolés qui lui expliquent tant bien que mal comment passer cette vague par-ci ou cette autre par-là. Relation dépendante et soumise de l’homme en la machine, confiance anxieuse dans l’appareil complexe tant tu sais qu’il peut se laisser aller facilement à la haute trahison.

La technologie rejoint le mysticisme quand tu as vraiment besoin d’elle.

Adaptation. Les milles parcourus font leur travail et chacun finit sa transition aquatique, petits et grands. Tu fais corps à corps avec cet habitat instable dans lequel tu habites en tas et cela n’a rien d’une image ! Les relations humaines s’adoucissent comme si chacun comprenait la nécessité de protéger l’autre dont il a besoin pour arriver en face. Même les ados ne s’engueulent plus, devenus des petits maillons d’un quotidien métronomique ou chacun fait sa part, en surveillant l’océan du coin de l’œil pour qu’il n’empêche pas le navire de tailler sa route, obstinément.

Anouk qui se fait une « jean le cam ». les dangers du large et sa nature hostile !

Assimilation. Le voilier devient une extension de toi-même. Tu dors sur le plancher dans ton pouf Ikéa parce que tu es sous le niveau de la mer et que c’est là que ça bouge le moins, l’énergie cinétique dans ta couchette te dit que la mer se croise un peu aujourd’hui et les sifflements de l’eau sous la coque t’appellent à retourner réduire la toile pour la 46ème fois depuis le départ, la densité des grains s’évalue au nombre d’étoiles restant visibles et ces foutues sargasses ont encore embrouillé l’hydro-générateur dont le chant hydrodynamique s’assourdit.

A bord, vagues et grains, voute céleste et soleil mordant sont comme un fond de cinéma, ça cuisine, ça danse, ça surveille les cargos (mais où sont-ils ?), ça lit, dévore des séries, des docus sur la planète bleue, pédagogie du lieu et de l’instant.

Par téléphone satellite, tu reçois des news d’une métropole sous tension. Tu es couché dans ton cockpit sous un milliard d’étoiles, c’est incongru le bruit du monde. Tu vis en autonomie avec 200 W de panneaux solaires et un hydrogénérateur, le bateau, fiable comme un ami d’enfance, abat ses milles comme un bûcheron canadien ses érables… ça pourrait durer longtemps comme ça. L’équipage hésite : est-ce trop long une transat ? plus si sûr de vouloir arriver au plus vite.

Plus que 5 milles… Mais ou est la terre promise ?

Alors qu’au 5ème jour tu désespérais de ne jamais revoir la terre, tu te retrouves sans t’en apercevoir à te concentrer sur une arrivée nocturne. Masse sombre émergeant de voiles humides, scintillement des villages endormis, chassé-croisé des cargos, le vent monte dans les passes, la mer se creuse histoire de te rappeler qui est encore le boss pour quelques heures. Tu contournes une île minuscule, tu abats dans la petite baie, tu prends le coffre qui t’attend.

Plus un souffle, l’odeur oubliée d’une végétation que tu devines luxuriante, sonorisation assurée par une faune nocturne cosmopolite. Instants précieux, rhum de la victoire. Voilà c’est fait, même pas fatigués. Le bateau s’est calmé lui aussi, plus d’ondes vibrantes, on le sent apaisé, sans stigmates. Good job Khaïma !

Le lendemain matin, ça donnera ça, récompense ! (et mille pardons, je sais, ça énerve comme photos…)

On a été confiné là durant 7 jours en attente des résultats de nos tests. Non, rassure-toi, on l’a pas trop mal vécu !

La transat en chiffres :

Zéro panne ou casse matérielle

Zéro énergie fossile (merci aux panneaux solaires orientables et à l’hydrogénérateur)

160 l d’eau douce consommée pour l’alimentation et la cuisine et la toilette : soit 2,4 l / jour / personne

Vent moyen : 23 kts

Vent maximum : 39 kts

Hauteur maximum des vagues : 3,5m

Température moyenne : 27°c

32 grains tropicaux.

48 manœuvres de réduction/renvoi de voile.

2 daurades coryphènes pêchées (oui, je sais, c’est nul mais il y a trop de sargasses)

3 daurades perdues (trop vite, trop grosses, trop de mer, que des excuses !)

36 remontées de la ligne de pêche pour décrocher les sargasses

20000 tonnes de sargasses croisées (ou presque)

Des pailles en queue et des fous de bassan en survol.

30 dauphins

8 poissons volants sur le pont par jour. (dont un dans la cabine de Joan par le hublot)

1 cargo et 1 voilier rencontrés

10 films regardés

Et pour s’occuper :

Fondant chocolat/bananes, crêpes, crumble aux pommes, cookies, moelleux à l’ananas, quiche aux épinards, cake aux olives, guacamole…

A bientôt aux Tobago cays. Oui, tu vas craquer à force mais je sais pas quoi faire…

Welcome in Bolivafrica…

J’aime lire Tesson qui assume le voyage comme une fuite. Fuite de la morosité, de la laideur de certaines vies urbaines, une tentative de retrouver des émotions étouffées par l’hyper sécurité européenne, cédant à des impulsions d’immersion au cœur d’une nature qui réenchante toujours. Le mythe de la cabane en forêt est une valeur sure mais ce n’est pas très facile de trouver l’endroit idéal pendant un tour d’Atlantique en voilier. Pourtant, là, je crois que j’en ai un pas mal…

Au début, tu prends le ferry avec les copains pour aller voir l’île d’en face, Santo Antao.

Tu montes à 13 dans le Toyota Hiace, institution mécanique locale, plus connue pour sa fiabilité que pour son design subtil.

Et tu attaques bravement la montée de « l’estrada da corda », route entièrement pavée grimpant vers les sommets.

En t’attendant à ce que l’île ressemble à ça. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs…

Et tu montes…

Encore…

Tu dis bonjour poliment au burro…

Tu traverses la petite bourgade de Ribeira Grande…

Ou ils font comme tout le monde ici la collection des Hilux…

Tu ressors de la ville en direction de Vila das pombas…(oui, prends des notes…)

Et là, tu tournes à droite dans la vallée de Paul. Ce qui n’a l’air de rien comme ça…

Mais qui ouvre la voie d’une vallée enchantée entre Afrique et Bolivie dont il ne faut pas parler à tout le monde, n’est ce pas ? on garde ça entre nous.

Là, tu commences vraiment à te demander où tu es…

Et a la terrasse du gite, on va regarder l’obscurité éteindre tout doucement la vallée en écoutant couler le ruisseau et en répétant stupidement: « putain, c’est beau ici »

Le lendemain, au réveil, tu sais quoi, c’était encore beau !

Alors, la cabane au bout du monde, si on la posait par ici ?

Alors tu pourrais croire que c’est un peu paumé et qu’on va s’ennuyer dans le coin mais pas du tout, ça grouille de vie dans chaque repli du relief.

Un p’tit café ?

Ici, dans la canne à sucre…

Tu trouves de tout…

Ton guide spirituel tu choisiras…
OK, l’équipe locale nous a battu 4 à 5 ! Et pourtant, on a tout donné mais ils ont appris à jouer collectif et sans tricher !
Hé monsieur, jure que tu vas pas la manger à Noël la biquette ?!
Il a bien fallu la quitter la vallée de Paul mais c’était un peu la mort dans l’âme.

Alors on est redescendu vers Punta do sol et le ferry du retour…

Tu vois, si après ces quelques mois éprouvants de 2020, tu as besoin d’un peu de baume au cœur, personne ne t’en voudra de céder à la tentation de l’ermite et de venir consolider l’intégrité de ton âme dans cette vallée perdue hors du monde et hors du temps… Mais n’en parle à personne surtout.

Nous, on vous laisse pour pour un petit moment avec un Atlantique à traverser très bientôt. Quelques 2300 milles de contemplation d’eau salée et de ciels étoilés à venir. On vous racontera !

Cabo Verde, No stress !

Ben oui, je sais, ce slogan n’est pas trop dans le mood du moment où on a globalement tendance à être un tantinet tendu mais comme c’est la maxime nationale, on a bien du se conformer aux coutumes locales pour s’intégrer en douceur.

Tu ne voudrais quand même pas qu’on les contamine avec des concepts comme productivisme, présentéisme, pro-activisme ou autres égarements sociétaux qui risqueraient d’affoler la pendule et le rythme cardiaque de l’archipel ? Alors profitons d’un peu de lenteur et de minimalisme puisque ce sont des denrées rares en Europe.

Après 5 jours de mer en provenance des Canaries, tu gagnes le droit de plonger ton ancre ici, à Mindelo, dans l’ile de Sao Vincente.

Allez, une fois n’est pas coutume, pour fêter cette nouvelle année viens faire un tour dans une toute petite capitale et fais le plein.

Le plein de façades pastels brulées au soleil, d’un désordre de trottoirs aussi habités que les terrasses des cafés et surtout d’une résilience humaine souriante malgré la pauvreté matérielle, d’une musicalité permanente de la survie au quotidien. De quoi nous faire réfléchir alors que nous ouvrons une nouvelle année encore anxiogène. Ici, pour toute aide gouvernementale, face au vide touristique généré par la pandémie, chaque habitant a reçu uniquement de la solidarité et du troc avec ses voisins.

La baie de Mindelo

L’accès à la baie est facile, de jour comme de nuit si tu prends soin de ne pas câliner de trop prêt quelques vestiges flottants (et coulés également), évidemment non éclairés.

Tu crois qu’elle passe au contrôle technique sa barque ?
Bienvenue dans la capitale !
Je crois que je me suis levé trop tôt pour la photo…
Parce que sinon, c’est plutôt animé…
Subtil mélange d’Afrique et d’Europe, le métissage du Cap Vert gagne vite les coeurs…
Les couchers de soleil qui annoncent…
…les soirées au floating bar, au bout des pontons de la marina, QG des matelots !

Tu crois pas que tu vas chiller ( réfère-toi au dico des ados si tu sais pas) pendant des jours aux terrasses des cafés ! Allez sors un peu, on va à Sao Pedro.

Attention, âmes sensibles, ça va être chaud, beau et plein de rencontres humaines authentiques. Oui, je sais, on abuse…

A gauche, Didi la tortue, grand défenseur local de l’espèce et Florentino, pécheur, au centre…

J’avais promis à Didi de mettre en ligne une interview de sa démarche locale. Faire découvrir les tortues plutôt que les manger et participer à des campagnes de nettoyage des plages et des fonds. Une jeunesse qui cherche à survivre et à commercer intelligemment avec une vraie conscience écologique.

On parle du temps qu’il fait ou première demande en mariage ?
mais qu’est ce qu’elles regardent comme ça les filles ?
Alors que c’est des tortues qu’on est venu voir…

Et parce qu’il faut être honnête, derrière la carte postale, les gens d’ici vivent de rien et encore moins cette année où le tourisme s’est asséché brutalement et où quasiment aucun soutien n’est venu des institutions. Un état de fait qui interroge le voyageur. Moins voyager, ne plus prendre l’avion, changer nos pratiques d’Européens ? Oui, très bien, mais comment accompagne-t-on tous ces endroits habitués à cette perfusion touristique vitale à court terme ? Changer dans son coin et brutalement n’a plus de sens dans un monde global. Comment accompagner des transitions douces sans qu’aucun peuple ne paie trop lourdement l’addition ?

Ben quoi, je voulais pas y réfléchir tout seul quand même ? On peut s’y mettre à plusieurs ? (Surtout que j’ai un peu de mal à trouver la soluce au problème !)

Roule ensuite une demi-heure vers le Nord et tu changes de monde.

Salamansa bay

Et pourquoi tu dois aller à Salamansa ? Non, pas parce que c’est beau mais parce le vent est inshore, cross à la plage et le shore break correct ET que tu dois progresser en kite. Enfin, c’est surtout ton ado préféré qui progresse beaucoup plus vite que toi !

Salamansa Kite surf camp

Tu crois que c’est juste une cabane sur la plage ? pas du tout ! Jaïr, qui tient le surf camp navigue comme un boss et le cap vert produit de nombreux champions internationaux de kite surf. Quand à moi, je suis encore dans la phase ingrate ou un corps humain plongé dans une eau agitée et suspendue à une aile alternativement capricieuse ou violente, les pieds sur une planche décidément fugueuse se retrouve plus que souvent dans une situation que je ne saurais décemment vous montrer ici en images. (trop occupé à me noyer ou à manger du sable…)

Allez, je te laisse, j’ai la suite à écrire, tu verras, c’est pas mal non plus..

Episode suivant: Welcome in Bolivafrica

Transhumance Canarienne

« Je sais, je t’ai manqué… « 

« Non ? »

« Si, je t’ai manqué !! « 

Tu n’arrivais plus à te concentrer au travail ni à t’endormir, tournant en rond dans le noir en attendant qu’un nouvel article d’un « atlantique en famille » jaillisse des méandres du web pour éclairer ton lendemain gris et pluvieux.

Désolé, cela a dû être dur mais que veux-tu, on parle beaucoup d’un monde ultra connecté alors que dans les bureaux et sur les pontons des Puertos Canarios, il y a toujours un monsieur en uniforme gris, flanqué d’une matraque et d’une paire de menottes (on ne sait jamais, le voyageur en bateau est parfois violent !) et qui répète : « no wifi ». Qu’est-ce que tu veux dire, c’est lui qui a la matraque !

Mais, là, on est à El Hierro, petite perle de l’archipel et le bar la Pandorga dans la commune de la Restinga, (tu ne manqueras pas d’y aller bientôt parce que c’est trop bien) possède une connexion déchainée qui te permet de télécharger un épisode de ta série préférée en 10 secondes ET de mettre à jour le blog. Mais la Restinga est à la fin du périple Canarien alors d’abord, on rembobine vu que je t’ai lâchement abandonné à la première étape de la Graciosa.

Bon, on ne va pas se mentir comme disent nos ados préférés. Si tu vas en vacances aux Canaries, il y a moyen de s’énerver, juste avant de s’émerveiller et… de s’énerver…à nouveau, comme d’habitude, sur une ou deux générations, ferventes inspiratrices et consommatrices d’un tourisme à la con, promoteur de resorts en forme de clapiers de bétons outranciers ou de pathétiques palais hollywoodiens, rongeant un littoral majestueux et qu’on aimerait pouvoir désintégrer d’un coup de baguette si on avait un master de Poudlard en poche.

Alors on ne va garder que l’émerveillement qui est à la portée de chacun une fois filtrée la vitrine obsolète. Une petite éruption finira bien par nous nettoyer tout ça. Et, étonnamment, tout repousse sur un champ de lave si on sait prendre son temps.

Welcome in Lanzarote, parce que les Canaries c’est aussi et surtout ça !

Parc national de Timanfaya, Lanzarote
Hé, c’est pas assorti au top comme tenue !
Ambiance désert…
Ou surf camp.
Caleta de Famara
Dur métier…
Et oui, la plage est saturée de plastique en profondeur….pas top !
Un village typique de Lanzarote
On peut boire des coups ici…
Ou ici…
Ou là, dans une bodega au milieu des vignes,
à la tombée du jour.
Allez, c’est tchao Lanzarote, direction Fuerteventura !

De Lanzarote à Fuerteventura, il n’y a qu’un pas mais quelqu’un a jeté une pierre au milieu du gué et cela nous a permis de faire une escale de choix à l’ile Lobos, petite merveille qui nous a prêté ses eaux claires durant quelques jours de mouillage bienvenu. Si une retraite hippie vous a toujours tenté mais que l’Ardèche est trop fréquenté, c’est à Lobos qu’il faut aller !

L’habitat typique du hippie local…
En face, Fuerteventura l’africaine. On y va ?
A Fuerteventura, le Kite tu apprendras…
Et peut-être tu décolleras.
Betancuria, village historique de Fuerteventura
Je sais pas pourquoi, il me faisait envie ce petit patio.
El Cotillo, spot de surfeurs
Il faut savoir se garer esthétiquement quand on est vraiment cool !
Las Playitas
Gran tarajal, qui a décidé d’égayer ses façades.

Bon, allez les enfants, fini le cours de dessin municipal, allez donc à Ténérife sans tarder…

Santa cruz, centre ville…
Tu connais ma faible attirance pour l’urbain mais Santa Cruz a un vrai charme. Top pour un Erasmus…
Et les faubourgs
Un steak ?
Et oui, les Canaries, c’est vert aussi…
Le seigneur Teide
camouflage

Tenerife a encore beaucoup de trésors à révéler mais il faudra revenir car, pour l’heure, nous devons répondre à l’appel de la Gomera, sa petite voisine qui va à nouveau nous prouver que les Canaries sont plurielles et de plus en plus préservées à mesure que l’on met de l’Ouest dans sa longitude.

T’as bien tout vu ?
Alors à table…
San Sebastian de la Gomera
Et oui, cela faisait bien 3 mois qu’on avait oublié pluie et froid… t’inquiètes pas, il suffit de redescendre pour oublier tout ça
600 km de chemins de rando à la Gomera
Le chemin était humide et donc,
cela méritait réconfort. Une micro ambiance de Noël avant l’heure.
Et si tu as trouvé la journée fraîche là-haut, tu descends un peu et le même jour,
tu est aussi ici sous 26°C

Les jours passent, il faut abandonner la Gomera à regret mais on comprend que beaucoup se soient arrêtés là pour longtemps. Cap sur El hierro, la p’tite dernière de l’archipel à l’ouest.

Le petit port de la Restinga au sud d’El Hierro restera pour moi le coup de coeur de l’archipel Canarien. Un petit paradis de gentillesse ou le temps s’arrête. Un sentiment de plénitude malheureusement éprouvé par les barques de migrants qui y débarquent en permanence au péril de leur vie. La migration COVID interpelle et submerge en sentiments contrastés en nous rappellant notre condition privilégiée.

Je vous laisse parce que demain, nous partons pour Mindelo, au Cap Vert. 5 à 6 jours de mer nous attendent avant de vous faire découvrir ce bout d’Afrique semé à travers l’Atlantique.

Eloge du rien…

W 13°31′ / N 29°15′ – Archipel des Canaries.

Cap sur la Graciosa..
Bon ben si c’est par là, on y va !

La Graciosa… A quoi penses-tu si je t’évoque une toute petite île dont le nom murmure doucement à tes oreilles une promesse d’élégance ainsi que la lourde tâche de ne pas te décevoir quand tu frottes tes yeux un peu froissés par quelques nuits de mer et que se dévoile enfin la silhouette gracile d’un lieu inconnu que tu as imprudemment imaginé ?

Tu sais, ce premier flash d’un endroit inconnu qui décide si tu vas faire ami-ami tout de suite sans résistance ou devoir tourner quelques pages et ruelles avant de succomber, ou pas, au charme de la belle.

Tu ne penses à rien ? Ok, c’est pas grave, on va mettre ça sur le compte d’un début d’hibernation et je te rassure, en arrivant à la Graciosa, il faisait nuit vraiment noire et on n’a rien vu non plus.  Rien que d’écrasantes et sombres masses fantomatiques qui gardaient solidement l’embouchure et semblaient nous prendre de haut, les éclats familiers des feux d’entrée du port et la silhouette pas si gracile que ça du gardien de nuit en uniforme.

Quelques rayons de soleil plus tard, et bonheur subtile, la Graciosa te confirme qu’elle ne fait rien comme les autres. Pas de bitume, pas de routes, pas d’horreurs touristiques, le petit village portuaire se pare d’un voile d’Afrique, t’absorbe doucement dans sa lenteur et tu en profites pour contempler de l’autre côté d’un étroit bras de mer le haut relief de sa grande sœur Lanzarote dont tu avais seulement ressenti la présence dans l’obscurité.

Allez, je te laisse faire un tour dans la douceur du matin…

la caleta de Sebo

Ne te presse pas dans les ruelles, il n’y a de toute façon rien à faire ici, rien d’autre que de laisser une alchimie faite d’ombres et de vagues solaires, de souffle marin et de poussières minérales te vider de toute volonté d’organiser ta journée et te pousser hors du pueblo vers un peu plus de rien…

playa francesca
Du swell ? non, rien !
I’m a poor lonesome cowboy…
l’aquarium géant d’une réserve naturelle préservée

Tu vois, j’ai eu beau suivre chaque piste de la Graciosa, il n’y avait rien. Rien qu’une minéralité ayant abusé de la palette de pastels, rien que des dunes caméléon selon la lente révolution du cadran solaire, rien que le murmure des roches jaillies du désert océanique, rien que le crissement des scories sous tes semelles…

Un rien exaltant, géographie du silence et de l’introspection, vide qui t’emplit sans que tu comprennes pourquoi, perfusion vitale d’un sol vibrant qu’un regard hâtif aurait abusivement qualifié de stérile.

De retour au port, il n’y avait plus l’électricité au ponton, la passerelle d’accès au ponton, en maintenance, avait été retirée et ne nous obligeait à débarquer en kayak. La réparation à duré 3 jours, au rythme et avec les moyens de l’ouvrier local.

Et tu sais quoi, ça fait du bien tout ces petits riens hors contrôle. Le bonheur de ne plus avoir d’exigences autres que le temps et l’apaisement, le plaisir de s’adapter en autonomie et de pouvoir glisser à l’étape d’après, si toutefois les vents vont par là…